05 novembre 2006
Jacques, Léo et Georges
Brassens, Brel et Férré
- Avez-vous le sentiment d’être devenu des adultes ?
BRASSENS : Aïe, aïe, aïe !
BREL : Moi non.
FERRÉ : Moi non plus.
BRASSENS : On est tous un peu demeurés ! Pour devenir adulte, il faut déjà faire son service militaire, se marier, avoir des enfants. Il faut embrasser une carrière, il faut la suivre, monter en grade. C’est comme ça qu’on devient adulte… Nous autres, nous avons un peu une vie en marge de la vie normale, en dehors du réel. On ne peut pas devenir adultes.
- Peut-être parce que vous n’avez pas voulu vous adapter au système traditionnel ?
BREL : Ou qu’on n’a pas pu !
BRASSENS : Parce que c’était notre caractère de ne pas nous y adapter ; voilà tout. On ne l’a pas fait exprès. Il n’y a pas de vantardise à dire qu’on est solitaire. On est comme ça.
FERRÉ : Ca rejoint l’enfant-poète. Quant Brel chante sans rire, et qu’il y croit, quand il dit cette chose merveilleuse, " j’allumerai ma guitare, on se croira espagnol", il n’y a qu’un gosse qui puisse dire ça !
BREL : Bien sûr. C’est une question de tempérament finalement… Le tout, c’est de savoir ce qu’on fait devant un mur : est-ce qu’on passe à côté, est-ce qu’on saute par-dessus, ou est-ce qu’on le défonce ? BRASSENS : Moi, je réfléchis !
BREL : Moi je le défonce ! Enfin, j’ai envie de prendre une pioche…
FERRÉ : Moi je le contourne !
BREL : Oui, mais le point commun, c’est que tous les mois, instantanément, on a envie d’aller de l’autre côté du mur qui se dresse. Il n’y a que ça d’important, et c’est ce qui prouve que nous ne sommes pas des adultes. Un type normal, qu’est-ce qu’il fait ? Il construit un autre mur devant, il met un toit dessus et il s’installe. C’est ce qui s’appelle bâtir ! [rires]
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